Journal · Terrain

Six semaines : chronique d'une installation en cabinet

· 7 min · Gérald Hédoire

Du cadrage à la première note de synthèse produite en interne. Ce qui prend du temps n'est pas le serveur : c'est la pièce, les habitudes, et la formation sur les vrais dossiers.

Une installation Nomos tient en quatre temps : comprendre comment le cabinet travaille, préparer une pièce qui peut accueillir un serveur, mettre la machine en service sans connexion sortante, former les équipes sur leurs propres pièces. Le calendrier réaliste est d'environ six semaines. Le glissement vient presque toujours du local.

Semaine 1 — écouter avant de dimensionner

La première semaine ne sort pas un tournevis. On demande le volume d'archives déjà numérisées, les outils en place, le nombre de personnes qui ouvriront l'assistant le même matin, et les trois tâches que les associés veulent voir cesser de manger les soirées. Analyser une liasse. Tirer une chronologie. Préparer un projet à partir des modèles du cabinet. Ce sont les usages décrits dans le travail juridique, mais chaque cabinet en a un ordre différent.

Cette écoute évite deux erreurs. Surdimensionner « pour être tranquille », et promettre un outil de recherche juridique généraliste alors que le besoin réel est de relire les pièces de ce dossier-là. Le configurateur vient ensuite : il donne un ordre de grandeur, pas un bon de commande. Le devis suit l'échange.

Semaines 2 et 3 — le local avant la machine

Un serveur multi-GPU chauffe, pèse, et n'a rien à faire dans un placard à archives sans air. Il lui faut une alimentation dédiée, une ventilation, et une porte. Les cabinets qui ont déjà une salle serveurs le savent. Les autres découvrent que le délai n'est pas la livraison des cartes graphiques : c'est l'électricien, le climatisateur, parfois le syndic.

La sécurisation renforcée est une option, pas un préalable au secret. Le secret, au sens de l'article 66-5, est d'abord l'absence de tiers et de canal sortant. Le badge, la journalisation des entrées et la vidéosurveillance alignent la pièce sur le soin déjà accordé aux minutes papier. Le détail est sur la sécurisation du local. On en parle tôt, parce qu'un badge à commander prend plus de temps qu'un disque NVMe.

La machine attend volontiers une semaine. Une pièce sans air, non.

Pendant ce temps, le serveur est assemblé et le modèle installé hors du cabinet, testé, puis transporté. Rien de tout cela ne demande que les dossiers quittent les murs : les pièces réelles n'entrent dans la machine qu'une fois celle-ci sur place.

Semaine 4 — allumer sans théâtre

Le jour de l'installation, il n'y a pas de connexion à « sécuriser ». Il n'y a pas de compte éditeur à créer, pas de clé d'API, pas de case à cocher sur l'entraînement des données. On pose la machine, on vérifie qu'aucune liaison sortante n'existe, on raccorde les postes du cabinet au seul réseau interne prévu. Les associés qui craignaient une bascule informatique voient surtout un meuble qui reste.

C'est le moment où la note sur les poids ouverts devient concrète : le modèle est déjà sur le disque. Personne ne le télécharge depuis la salle de réunion. Les mises à jour ultérieures reviendront de la même façon, physiquement, ce qui évite de recréer un sous-traitant par une prise d'administration à distance.

Semaines 5 et 6 — former sur les vrais dossiers

Deux demi-journées, par petits groupes. Pas de cas fictif d'école. Un collaborateur apporte une liasse qu'il connaît, pose une question qu'il se pose vraiment, et compare la synthèse à ce qu'il aurait écrit. Ceux qui voient la machine travailler sur leurs pièces l'utilisent dans la semaine. Ceux qu'on a formés sur un exemple générique, « le licenciement de Madame X », mettent des mois, parce que l'outil leur a été présenté comme un jeu.

On fixe aussi les limites à voix haute. L'avocat valide. L'outil ne signe pas, ne cite pas une jurisprudence qu'il n'a pas dans les pièces sans que quelqu'un vérifie, ne remplace pas la stratégie. Cette phrase, répétée sur les dossiers du cabinet, vaut mieux qu'une charte de dix pages lue une fois.

À la fin de la sixième semaine, la première note de synthèse produite en interne est souvent modeste : une chronologie, trois pièces manquantes, un projet de paragraphe. C'est exactement le bon résultat. Le cabinet a vu que rien n'est sorti, et que le temps gagné est le sien.

Questions fréquentes

Combien de temps dure une installation ?+

Environ six semaines, du cadrage à la première note interne. Le glissement le plus fréquent vient du local — air, alimentation, porte — plutôt que de l'assemblage du serveur.

Faut-il une salle dédiée ?+

Une pièce ventilée, une alimentation dédiée et une porte qui ferme. Badge, journal des entrées et vidéosurveillance sont une option, calée sur les archives papier.

Les dossiers partent-ils pendant la préparation ?+

Non. Le serveur est assemblé et testé sans les pièces du cabinet. Celles-ci ne sont déposées qu'une fois la machine installée sur place, sans liaison sortante.